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Ce matin, je suis allée prendre un café avec Caroline. Je ne me sentais pas en grande forme. En fait, j’étais assez contrariée.

— Figure-toi que ça ne marche pas pour notre location en Italie ! Je suis en colère.

— Mais, je croyais que c’était bon.

— Moi aussi. Tu te rends compte qu’on a contacté le monsieur fin janvier et qu’on apprend maintenant que la maison est déjà louée. Tout ça parce qu’on ne loue pas le mois complet. Non, mais franchement, ils auraient pu nous prévenir.

— Qu’est-ce que vous allez faire ?

— On cherche autre chose. On a passé la soirée sur Internet. Moi je cherchais sur mon ordinateur et Pietro envoyait les emails en italien depuis le sien. Pour l’instant, on a trouvé une maison qui serait libre et on a fait des demandes dans des bed and breakfast.

— Ne t’inquiète pas, vous allez trouver.

— Hum, je l’espère.

— Et sinon, tes chaussures ?

— Je cherche toujours. Et un sac à main aussi. J’ai passé des heures ce week-end à m’hypnotiser sur des sites Internet. J’avais fait une sélection, mais je n’arrivais pas à choisir alors j’ai décidé de demander son avis à Pietro.

— Et alors ?

— Ce n’était pas une bonne idée. Il n’aimait pas telles chaussures parce qu’il n’aime pas la mode des talons compensés, il n’aimait pas telle autre paire à cause de la couleur et quand je lui ai montré mon sac à main préféré il a fait la grimace.

— On a tellement peu l’occasion d’aller dans les magasins que quand je vois quelque chose qui me plaît, je l’achète tout de suite.

— Oui, en fait sur Internet, il y a tellement de choix que tu ne sais plus ce qui te plaît. Ah si les maisons en Italie pouvaient se trouver aussi facilement !

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REPERES : des explications sur le texte.

3 EXPRESSIONS UTILES : pour parler français comme un vrai Français.

UN PEU DE GRAMMAIRE « Chercher toujours », placer l’adverbe.

Dans le texte, quand Caroline me demande si j’ai trouvé des chaussures, je lui réponds que je cherche toujours. Chercher toujours : il y a le verbe « chercher » et il y a cette forme particulière du « chercher toujours » qui veut dire que la quête continue. Cependant en fonction du temps utilisé l’adverbe « toujours » change de place. Je vous propose de mettre cette phrase, qui est au présent, à l’imparfait puis au passé composé.

« Elle cherche toujours à passer devant tout le monde, ça m’énerve ». REPONSE DANS LA NEWSLETTER.

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Depuis les vacances, je lis un roman russe que m’a conseillé mon amie Natasha. Il s’agit de « Le maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov.

Le livre commence avec Satan qui apparaît à deux poètes moscovites assis dans un parc. Sans dévoiler son identité, il leur raconte qu’il a connu personnellement Ponce Pilate et prévoit la mort prochaine de l’un d’eux décapité par un tramway. Satan va ensuite bouleverser Moscou avec une séance de magie noire au théâtre des Variétés. Le roman est assez épais et il est très bien traduit. Je le trouve drôle et souvent complètement fantastique. Les apparitions du chat qui parle me font franchement rire !

Hier soir, je suis arrivée page 380. Il s’agit du passage où Marguerite, un des personnages du livre, vient de rêver du Maître, l’homme qu’elle aime et qui a disparu. Il est en réalité dans une clinique psychiatrique, mais elle ne le sait pas. Elle voit dans ce rêve la prémonition qu’il va enfin se passer quelque chose pour elle. Et moi, sur cette page, j’ai rencontré trois mots que je ne connaissais pas. Je n’ai pas eu le courage de me relever pour aller prendre le dictionnaire. Je l’ai fait cet après-midi.

Voici les mots : encorbellement, ponceau et freux. Et voici les phrases.

Première phrase : « Marguerite s’éveilla dans sa chambre, située en encorbellement dans la tour de la grande maison. » Encorbellement signifie en saillie sur un mur, c’est-à-dire que ça dépasse. Les balcons sont des encorbellements.

Deuxième phrase : « Ainsi murmurait Marguerite Nikolaievna, en regardant les stores ponceau inondés de soleil. » Ponceau est l’adjectif qui indique la couleur du coquelicot. Le ponceau est un coquelicot sauvage.

Troisième phrase : « Sous ce ciel lugubre, où couraient des lambeaux de nuages noirâtres, passa sans bruit une bande de freux. » Les freux sont des corneilles.

Voilà, je suis plus riche de trois mots !

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UN PEU DE GRAMMAIRE les couleurs en -âtre

Dans la deuxième phrase, les nuages sont « noirâtres » c’est-à-dire que leur couleur tire sur le noir (ils sont vaguement noirs). Nous avons en français toute une série d’adjectifs en « -âtre ». Quel adjectif en -âtre correspond aux couleurs suivantes ? Jaune, rose, gris, vert, bleu, blanc ? REPONSE DANS LA NEWSLETTER.

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Au mois d’août, nous sommes invités au mariage d’un cousin de mon mari dans les Pouilles en Italie. Nous avons décidé de nous y rendre et de passer deux semaines dans la région. Nous avons déjà réservé nos billets d’avion. Les filles, pour pouvoir prendre l’avion, ont besoin de cartes d’identité. Nous avons commencé par faire la demande par Internet des extraits d’acte de naissance. Ensuite, ce matin, nous nous sommes occupés des photos d’identité.

Pour Micaela et Felicia, nous avons fait les photos dans un Photomaton, mais pour Lisa j’ai suivi les conseils d’une amie qui travaille dans une mairie et je suis allée chez le photographe. En effet, sur la photo on ne doit ni sourire, ni avoir la bouche ouverte et se présenter bien de face. Cela me semblait complètement irréalisable avec Lisa qui est encore petite. J’avais prévu que la séance durerait au moins une demi-heure, que le photographe perdrait patience et qu’il nous jetterait dehors ! Bref, je n’étais pas optimiste. J’avais tort.

Le photographe, pas du tout affolé à l’idée de prendre une petite de deux ans en photo, m’a expliqué comment asseoir Lisa sur mes genoux.

— Je vais d’abord prendre une photo comme ça, pour qu’elle s’habitue à l’appareil. Tu veux bien retirer le pouce de ta bouche, ma puce ?

Le photographe a pris une première photo, Lisa l’a regardé la bouche grande ouverte.

— Vous voulez bien lui essuyer la bouche, s’il vous plaît ?

— Oui, je prends un mouchoir.

J’ai essuyé la bouche de Lisa et le photographe a déclenché tout de suite son appareil.

— Voilà, c’est fini. En fait, quand vous essuyez la bouche à un bébé, il a le réflexe de la fermer.

— Oh, mais c’est super !

— C’est un truc de photographe. Vos photos seront prêtes dans cinq minutes.

Et voilà !

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UN PEU DE GRAMMAIRE poser une question

Nous avons tendance, surtout à l’oral, à poser des questions en utilisant l’affirmative, simplement en lui donnant une intonation. Je vous propose de reformuler ces deux questions du texte : « Tu veux bien retirer le pouce de ta bouche, ma puce ? » et « Vous voulez bien lui essuyer la bouche, s’il vous plaît ? » REPONSE DANS LA NEWSLETTER.

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Mardi 8 mai 2012

La visite de William

Aujourd’hui, nous avons reçu la visite d’un ami américain, William. William est traducteur, il habite à Berkeley, en Californie. Il a commencé sa carrière de traducteur en traduisant en anglais un livre du navigateur Bernard Moitessier. Nous nous sommes connus il y a environ dix ans lorsque j’avais besoin d’un traducteur pour la première édition de mon livre sur le vin. Nous avons sympathisé et nous nous sommes vus plusieurs fois à l’occasion des voyages de William en France. Il est passé prendre le café avec nous hier après-midi entre deux visites. Il était impatient de faire la connaissance de nos filles.

— Laetitia, c’est incroyable comme le temps passe. Regarde, Micaela a déjà six ans !

(William parle presque sans accent !)

— Oui, je sais, le temps passe trop vite.

Bien sûr, nous avons discuté des élections présidentielles. William avait accompagné un ami voter dimanche dernier et ça lui avait fait quelque chose. Il nous a posé des questions, il était curieux de comprendre le programme de François Hollande. Mon mari, qui expose très bien ce genre de choses, lui a donné les grandes lignes. William nous a expliqué que l’intervention de l’Etat comme elle est programmée en France était impossible aux Etats-Unis. Mon mari lui a répondu que ça marchait, par exemple lui avait trouvé du travail grâce à la loi sur les trente-neuf heures. Et qu’en 1981 le gouvernement socialiste avait modernisé bien des aspects de la vie française. J’ai ajouté que selon moi la France avait besoin d’un nouveau souffle, d’espoir et d’une bonne école.

Le temps de grignoter quelques galettes de Pleyben au beurre salé et c’était l’heure pour William de repartir.

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UN PEU DE GRAMMAIRE : les adjectifs de nationalité

Connaissez-vous les adjectifs (féminin et masculin) de nationalité pour ces dix pays ? Dans quelles circonstances l’adjectif de nationalité porte-t-il une majuscule ? Quelle est la place de l’adjectif de nationalité par rapport au nom ? Espagne, Grèce, Angleterre, Afrique du Sud, Corée, Australie, Bolivie, Sénégal, Irlande, Brésil

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Depuis le début des vacances, pendant la préparation du dîner, les filles regardent un film sur mon ordinateur. Nous sommes sur le même film depuis que nous sommes à Trégastel, il s’agit du film indien Kuch Kuch Hota Hai sorti en 1998. Cette semaine, nous avons entamé le deuxième visionnage. Au cours du premier visionnage, il faut que je sois à côté des filles pour leur raconter l’histoire, car les films indiens que nous prête Patricia, la maman de Laurie, sont en version originale sous-titrée. Micaela commence à se débrouiller avec la lecture, mais pas suffisamment pour lire des sous-titres.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? Qu’est-ce qu’il a dit ?

— Euh, là, il a dit qu’il est amoureux d’elle.

— Qu’est-ce qu’elle lui a répondu ?

— Qu’elle aussi.

Et ainsi de suite.

Ce qui plaît beaucoup aux filles, bien sûr, ce sont les parties chantées et dansées. Elles ont déjà bien en tête le refrain de la chanson principale du film, qui porte d’ailleurs son titre.

Ce midi, alors que nous rentrions de la plage, je suis passée m’acheter un journal à la Maison de la Presse. C’est un endroit assez encombré, j’ai proposé aux filles de m’attendre dehors avec la poussette (ce qui m’évitait également d’exciter leur convoitise de magazines qui ont toujours l’air « trop bien », « allez stoplaît »). J’étais en train de payer très sérieusement mon journal à la Bretonne aux cheveux courts et à l’air revêche qui tenait la caisse quand j’ai entendu leurs petites voix commencer à chanter Kuch Kuch Hota Hai ! Comme ça dans la rue, à Trégastel, au milieu des rochers roses et des passants qui ont dû trouver mes filles bien étranges.

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UN PEU DE GRAMMAIRE conjugaison

Je vous propose de conjuguer la phrase suivante à toutes les personnes (je, tu, il, etc.).

« Au cours du premier visionnage, il faut que je sois à côté des filles ». Bien sûr, il vous faudra identifier le temps du verbe être...

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Aujourd’hui, nous avions invité nos amis de la ferme à venir goûter chez nous. Nous devions nous retrouver sur la plage de Trégastel pour que les enfants s’amusent un peu. J’y étais déjà quand il s’est mis à pleuvoir. J’ai vite envoyé un SMS à Aude pour lui dire que nous quittions la plage.

Nous nous sommes donc retrouvés à la maison. Une fois leur goûter englouti, les enfants sont partis dans les chambres faire une partie de cache-cache. Aude et moi avons discuté de nos affaires. Et puis, au cours de la conversation, Aude m’a parlé de ce canard un peu étrange qui se prenait pour un coq.

— Ce n’est vraiment pas un canard comme les autres. Il pense qu’il est un coq. Il est tout le temps avec les poules, il leur courre même après et il cherche à se bagarrer avec les autres coqs. Parfois, il nage, mais jamais dans l’étang, toujours dans la grande bassine qui est devant chez ma mère.

— Mais c’est minuscule ! me suis-je exclamée.

— Je sais, mais c’est là qu’il nage. Il fait des tours sur place. Mais attends, le meilleur est à venir. Tu sais qui est son meilleur ami?

— Non...

— Le dindon.

— Le dindon ! Mais il n’est pas sympa celui-là ! Je me souviens encore de la fois où il est devenu tout bleu en chassant mon père.

— Eh bien, le canard doit le trouver sympathique, car ils sont toujours fourrés ensemble. Le canard défend aussi son ami le dindon contre les oies.

— Comme si on avait besoin de défendre un dindon, c’est vraiment le monde à l’envers ! Euh, je ne viens pas de voir passer ton fils derrière toi ?

— Ah, je ne l’ai pas senti.

— Maman, il est en bas ? On ne le trouve pas en haut ! a crié Micaela du haut des escaliers.

— Je ne sais pas... On ne l’a pas vu.

J’ai regardé Aude en rigolant.

— Je crois que je vais parler de ce canard à mes auditeurs !

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UN PEU DE GRAMMAIRE parler à la première personne

Allez, je vous propose de vous mettre dans la peau de ce canard bien étrange. Reprenons ce petit paragraphe et imaginons que c’est le canard qui parle (il faut donc mettre le texte à la première personne du singulier). « Ce n’est vraiment pas un canard comme les autres. Il pense qu’il est un coq. Il est tout le temps avec les poules, il leur courre même après et il cherche à se bagarrer avec les autres coqs. Parfois, il nage, mais jamais dans l’étang, toujours dans la grande bassine qui est devant chez ma mère. »

Je vous donne le début : « Je ne suis pas un canard comme les autres.... »

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Cela faisait quelques jours que j’avais remarqué cette crêperie, lorsque nous nous rendions à la plage. Ce n’est pas un restaurant, mais un endroit où l’on vend des crêpes à emporter. Il y a une carte sous la forme d’un tableau affiché à l’extérieur avec toute une série de galettes et de crêpes garnies à commander. Ce matin, lorsque nous avons quitté la maison, j’ai proposé aux filles de commander des galettes pour ce midi.

— Oh, oui ! se sont écriées les filles.

Nous sommes donc entrées dans la petite boutique. Un monsieur nous a souri derrière son comptoir. Il a retiré ses lunettes avant de nous adresser la parole.

— Bonjour Madame ! Bonjour Mesdemoiselles ! Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?

— Des crêpes ! a dit timidement Micaela.

— Ah, mais c’est parfait. Nous avons des crêpes ici.

Derrière lui, une femme, une grande spatule à la main, s’activait devant trois billigs.

— Nous aimerions vous commander quatre galettes à l’œuf et six crêpes nature, s’il vous plaît, ai-je demandé.

— Bien sûr, pour quelle heure ?

— Midi. C’est possible ?

— Oui, bien sûr. Voilà, c’est noté. A tout à l’heure les filles ! Nous avons pris la direction de la plage. Il s’est mis à pleuvoir alors que nous étions à mi-chemin. Nous avons failli faire demi-tour, mais finalement, voyant que la pluie semblait ne pas vraiment vouloir s’installer, nous avons continué. Aujourd’hui, les filles ont délaissé les jeux de la plage pour une tout autre activité : admirer les nageurs de la piscine d’eau de mer.

A midi, nous étions de retour dans la boutique. Nos galettes étaient juste prêtes. Nous les avons dégustées à la maison. C’est Micaela qui a terminé la sienne en premier.

— Oh, Maman, c’était super bon !

J’étais bien d’accord avec elle.

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REPERES : des explications sur le texte, les crêpes, Trégastel, un bilié, des liens vers des vidéos et des sites intéressants.

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UN PEU DE GRAMMAIRE Passé-Présent

Jouons avec la première phrase du texte : « Cela faisait quelques jours que j’avais remarqué cette crêperie, lorsque nous nous rendions à la plage. »

Je vous propose de la mettre au présent. (La solution : dans la newsletter!)

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Cette semaine, je vous propose la diffusion de podcasts enregistrés la semaine dernière, pendant mes vacances en Bretagne. C'est mon mari, qui est rentré sur Paris, qui a la gentillesse de les mettre en ligne. Je suis toujours en Bretagne, je rentre le 29 avril.

Dans la newsletter cette semaine, vous retrouverez les textes du podcast. Les rubriques habituelles reviendront dès mon retour.

Je vous retrouve la semaine prochaine!

Jeudi 19 avril 2012

LA CREPERIE ELECTORALE

Ce midi, nous avions invité notre amie Marie-Françoise à venir manger des crêpes à Ploumanac’h. Les filles étaient soulagées que nous n’allions pas chez elle. Elles ont très peur des sorcières qui habitent chez Marie-Françoise et qui sont mécontentes lorsqu’on ne termine pas son assiette. Marie-Françoise nous a raconté des scènes terribles l’année dernière, avec des chats qui volaient au plafond et des sorcières qui tourbillonnaient dans la maison. Les filles en tremblent encore.

J’avais repéré la crêperie située derrière l’Hôtel du Parc en me promenant dimanche. La crêperie est labellisée « Crêperie gourmande », et le menu me semblait bien appétissant et quelque chose en plus avait retenu mon attention : un panneau au dessus du menu indiquait un « espace enfants ». Ah, super, avais-je pensé, c’est l’endroit idéal pour nous.

Les filles sont arrivées avec l’idée de manger des crêpes. Micaela fantasmait déjà sur une crêpe beurre-sucre et Felicia sur une crêpe au chocolat. Le menu enfant les a fait changer d’avis. Bon, c’est comme ça, l’idée d’une assiette jambon-frites a balayé leur envie de crêpes. Nous, y compris Lisa, nous sommes régalés de nos galettes. Leurs frites et leur glace englouties, les filles et leur petite sœur à leur traîne sont sorties jouer dans le petit jardin qui leur était réservé (le fameux « espace enfants »). Nous avons dégusté nos crêpes dessert tranquillement. Nous avons discuté de la vie à Perros, de l’activité de Marie-Françoise sur les marchés et nous abordions le thème des élections lorsque les filles sont revenues. Et entendant que nous évoquions les élections présidentielles, Micaela est intervenue dans la conversation.

— Et toi, Marie-Françoise, pour qui vas-tu voter ? Maman va voter pour un garçon.

— Euh, eh bien, moi aussi, a répondu Marie-Françoise en riant. D’ailleurs, c’est l’avis des sorcières !

A l’évocation des sorcières, les filles sont vite reparties jouer dans le jardin.

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Mercredi 18 avril 2012

CONFLIT DE GENERATIONS

Ce matin, nous étions à nouveau de passage à Perros. J’ai fait une halte pour faire réparer les lunettes de Felicia. Je pense qu’elle avait dû marcher dessus vu l’état des branches. Je suis entrée chez le premier opticien devant lequel je suis passée.

— Bonjour Madame !

— Bonjour. Je voulais savoir si vous pouviez faire quelque chose pour les lunettes de ma petite fille.

— Faites voir ! Oui, bien sûr, vous me laissez un petit quart d’heure ?

— Entendu.

Les filles et mon mari étaient descendus à la plage de Trestraou. J’en ai profité pour aller à La Poste envoyer deux colis de livres que je traîne depuis la semaine dernière. Je sortais de La Poste quand j’ai assisté à une scène. Une voiture était arrêtée au milieu de la rue, un homme déchargeait ses courses. Une autre voiture est arrivée par-derrière. La rue est à sens unique. La conductrice était visiblement pressée, car elle a donné un petit coup de klaxon. L’homme a levé le bras de l’air de dire que c’était bon, qu’il déchargeait. Voyant qu’il continuait son manège à la même allure, la conductrice a de nouveau donné un petit coup de klaxon.

— Oh, c’est bon ! a maugréé le grand vieux monsieur.

La conductrice ne l’entendait pas de cette oreille. Elle est sortie de sa voiture.

— Vous pourriez vous dépêcher ! Je ne suis pas en retraite, moi, je travaille !

Je me suis figée. Voilà, nous y étions en plein dedans. Exactement ce que je disais à Caroline vendredi dernier. Le courant ne passe plus entre les retraités de maintenant et les actifs qui travaillent encore, mais dans des conditions qu’ils jugent plus difficiles et plus incertaines que leurs aînés. La rancœur s’est installée en France (c’est mon analyse). Mais qu’a répondu notre vieux monsieur ?

— Pétasse !

Mince! Pas très poli, le retraité ! La discussion n’est pas encore ouverte entre les générations.

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Mardi 17 avril 2012

A LA RECHERCHE D'UN BONNET

Nous sommes arrivés en Bretagne samedi dernier. Quel temps fait-il ? Pas franchement beau, ni franchement mauvais, il y a trop de vent pour que les nuages chargés de grêle s’attardent. Donc, comme on le voit parfois sur certaines cartes postales humoristiques, il fait beau plusieurs fois par jour ! Par contre, avec ce vent incessant, par bourrasques, qui fait bien rire les filles, moi, j’ai froid aux oreilles. Les filles portent des bonnets en coton à rayures. C’est typique de la région. Elles ont aussi une marinière. Une amie bretonne m’a dit un jour qu’il n’y avait que les Parisiens pour porter des rayures ! Bref, je me suis dit qu’un bonnet comme les filles devenait indispensable pour protéger mes oreilles. Par contre, pas question de porter des rayures. Non, je voulais un bonnet en coton uni, bleu marine ou noir. Je me suis rendue dans un premier magasin à l’occasion d’une balade à Ploumanac’h dimanche après-midi.

— Désolée, Madame, nous n’avons que des bonnets à rayures, m’a répondu la vendeuse.

J’ai fait trois magasins cet après-midi-là, il n’y avait que des bonnets à rayures.

— Je sais où on va trouver un bonnet uni, dans le magasin, en face du forum de Trégastel, ai-je dit à mon mari.

Nous y sommes passés hier matin.

— Non, je suis désolée, m’a dit la dame, nous ne faisons pas de bonnets unis.

Finalement, ce matin, après être allée chercher notre pain chez Ty Coz, j’ai fait deux magasins perrosiens spécialisés dans les vêtements de bord de mer. Dans le premier, on m’a répondu qu’il n’y avait que des bonnets à rayures. Dans le second, j’ai eu droit à une démonstration.

— Un bonnet en coton uni ? Mais ça ne se fait plus ! a presque crié d’indignation le monsieur d’un certain âge qui tient sa boutique bien achalandée.

— Ah, ai-je répondu déçue.

— Cela doit bien faire cinq ans qu’on ne m’en a pas demandé. Il n’y pas assez de demandes pour les bonnets unis. On ne fait que de la rayure, c’est plus rentable. Tout ça, c’est à cause des flux tendus. Et qui a inventé les flux tendus ? Les banques ! Et les banques ont décidé d’investir dans des usines textiles pourries. Je sais de quoi je parle, je suis ingénieur textile. La semaine dernière, j’étais en Turquie dans une usine, c’est mon gagne-pain en plus de cette boutique. Par contre, si vous voulez, j’ai des casquettes Obama, c’est très à la mode.

— Non, merci.

Je suis ressortie dépitée. Les banques seraient responsables de la disparition des bonnets unis.

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